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Le « désespoir » pousse des milliers de Tunisiens à l’émigration

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Romdhane Ben Amor, porte-parole de l’ONG FTDES, estime que la crise du Covid-19 a « aggravé le climat de la misère sociale et économique en Tunisie ». Selon lui, l’attitude du gouvernement italien face aux migrants est « exagérée, voire arrogante », et revient à la « confiscation de droits fondamentaux ».

Selon le « Forum Tunisien pour les Droits Économiques et Sociaux » (FTDES), la récente recrudescence du nombre des migrants tunisiens illégaux vers l’Italie est due à l’aggravation, en Tunisie, de la crise économique et sociale engendrée par la Covid-19, et à l’absence de perspectives d’avenir pour les jeunes. Interview avec le porte-parole, Romdhane Ben Amor.

Question : Au cours du seul mois de juillet 2020, plus de 4000 migrants tunisiens illégaux ont débarqué sur les côtes italiennes. Comment expliquez-vous ce nombre record ?

Réponse : La crise engendrée par le coronavirus a touché divers secteurs vitaux dont notamment le tourisme, ce qui a aggravé le climat de la misère sociale et économique en Tunisie. Elle a également contraint des milliers de Tunisiens qui ont perdu leurs emplois en Libye voisine à rentrer au pays. Par ailleurs, les mesures gouvernementales prises pour limiter la détérioration sociale n’ont pas été suffisantes pour contenir la colère et le grand mécontentement. De plus, la crise politique dans le pays a créé un climat de déprime et de désespoir, et nourri le désir d’émigrer, surtout chez ceux qui n’ont pas de perspectives d’avenir.

Question : Des séquences vidéo montrent que des familles entières ont émigré en compagnie de leurs enfants. Cela illustre-t-il une mutation dans les catégories des migrants ?

Réponse : La présence d’enfants mineurs parmi les migrants est devenue une réalité ces dernières années, particulièrement en 2017 et 2018. Cela s’explique par l’abandon scolaire précoce et par le fait que les gens connaissent les lois qui font que les opérations de rapatriement de cette catégorie de migrants sont difficiles et complexes. De surcroît, ces lois fournissent aux mineurs protection et droit de rester.

D’un autre côté, la famille en Tunisie a perdu tous ses arguments pour dissuader ses enfants d’abandonner l’idée de partir et les convaincre de rester, à cause de l’acuité de la crise économique et l’absence de perspectives d’avenir. Des familles sacrifient toutes leurs ressources en vue de garantir une migration collective sans risque, en mer.

Question : Le gouvernement italien veut utiliser des navires pour rapatrier les migrants. Qu’en pensez-vous ?

Réponse : Nous constatons que le gouvernement italien cherche, en fait, à profiter au maximum de la crise Covid-19 pour dicter ses conditions. Cette attitude est exagérée, voire arrogante et fait de la Tunisie un simple « policier », soumis aux ordres, et chargé de surveiller les frontières sud de l’Europe.

Au FTDES, nous estimons que le rapatriement forcé est contraire à la convention européenne des droits de l’homme. Nous sommes en train d’étudier les mécanismes juridiques pour poursuive ce genre de politique devant la justice. Elle reflète une tendance radicale visant à opérer une expulsion collective basée sur la nationalité. L’Italie sélectionne, parmi les migrants, uniquement les compétences et expulse les autres en fonction de l’identité. Ceci est un crime contre l’humanité.

Question : L’Italie veut empêcher l’émigration à la source et a demandé à la Tunisie de confisquer toute embarcation susceptible d’être utilisée dans l’émigration, comme cela a été le cas dans les années 90, en Albanie. Cette solution est-elle réalisable en Tunisie ?

Réponse : Ces plans, s’ils sont mis à exécution, sont assimilés à des solutions criminelles. Mais il faut dire qu’ils resteront temporaires car ils ne vont pas dissuader les migrants, qui trouvent souvent des solutions alternatives, et s’adaptent toujours avec les circonstances. Je suppose que tant que l’on n’arrive pas à améliorer les conditions économiques et sociales et à instaurer un climat de stabilité dans le pays, le flux de migrants se poursuivra chaque fois qu’une crise remonte à la surface.

Question : L’Italie a exprimé la crainte de voir les flux de migrants charrier des terroristes et des personnes atteintes du coronavirus. Ces craintes sont-elles fondées ?

Réponse : Il est d’usage de « fabriquer » ce genre de risques, à l’instar de la violence et du crime, et maintenant la contagion du virus, pour diaboliser le phénomène de l’émigration illégale et assiéger les migrants non réguliers.

Au 19ème siècle, l’Italie avait connu de grandes vagues d’émigration de ses jeunes à la recherche de nouveaux horizons dans le monde. Ce qui se passe aujourd’hui en Italie, et dans d’autres gouvernements, au nom de lois nationales, c’est la confiscation de ce droit par rapport aux autres migrants dont les Tunisiens. Nous parlons, d’abord et avant tout, de la confiscation de droits fondamentaux.

Afp

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