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Migration clandestine : l’Italie veut un « nouvel accord » avec la Tunisie

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Face au nouveau flux massif de migrants clandestins, l’Italie veut renégocier avec la Tunisie les conditions de leur rapatriement. En juillet 2020, plus de 4000 Tunisiens ont pu joindre clandestinement les côtes italiennes, à bord d’embarcations de fortune.

Exaspérée par un nouveau flux massif de migrants clandestins en provenance des côtes tunisiennes, l’Italie veut négocier avec la Tunisie un « nouvel accord » pour lutter contre la migration irrégulière. Dans ce contexte tendu, le ministre italien des Affaires étrangères, Luigi Di Maio, a même appelé à la « suspension » d’une aide italienne de 6,5 millions d’euros à la Tunisie si celle-ci ne coopère pas avec Rome.

En juillet 2020, les conditions météorologiques aidant, plus de 4000 Tunisiens ont pu joindre, clandestinement, les côtes italiennes, à bord d’embarcations de fortune. Le 27 juillet, la ministre italienne de l’Intérieur, Luciana Lamorgese, a effectué une visite-éclair en Tunisie où elle a évoqué avec le président Kais Saïed « le flux migratoire ». À l’issue de cette rencontre, la ministre italienne a déclaré que les migrants clandestins qui arrivent « maintenant » dans son pays ne peuvent pas profiter d’une récente mesure de régularisation des sans-papiers.

Le gouvernement italien a adopté en mai un décret permettant la régularisation de 200 mille migrants illégaux pour répondre à la pénurie de main-d’œuvre, notamment agricole. Cette mesure ne concerne que les migrants résidant en Italie à la date du 8 mars 2020, soit deux jours avant le début du confinement général imposé dans ce pays pour lutter contre la pandémie de la Covid-19.

Migrants « économiques »

Pour le ministre italien des Affaires étrangères, Luigi Di Maio, la Tunisie est « un pays sûr » et les Tunisiens qui ont débarqué de façon irrégulière en Italie ces derniers mois sont des migrants « économiques » qui doivent être rapatriés. Di Maio, cité par des médias italiens, a imputé le dernier flux migratoire en provenance de la Tunisie à « l’instabilité politique » dans ce pays d’Afrique du Nord, ainsi qu’à une sévère crise économique engendrée par la Covid-19.

Mi-juillet, le chef du gouvernement tunisien, Elyes Fakhfakh, en poste depuis le 27 février, a démissionné après avoir été mis en cause dans une affaire de « conflit d’intérêts ». Depuis, il gère un gouvernement d’affaires courantes. L’économie tunisienne est touchée de plein fouet par la Covid-19. Le gouvernement prévoit un recul de sept pour cent du PIB, et la perte d’environ 150 mille emplois en 2020.

La Tunisie figure parmi les rares pays avec lesquels l’Italie a conclu des accords de rapatriement de migrants irréguliers dont la demande d’asile a été rejetée. L’Italie devrait reprendre à partir du 10 août, en accord avec la Tunisie, deux vols charters hebdomadaires pour le rapatriement de migrants tunisiens. Chaque vol rapatriera un maximum de 40 personnes, contre 20 avant la crise de la Covid-19 qui avait entrainé la suspension de ces vols.

Embarcations de fortune

Fin juillet, le ministre italien des Affaires étrangères a annoncé qu’il allait se rendre « bientôt » en Tunisie pour y négocier un « nouvel accord » sur la migration. « Il ne faut pas réfléchir à comment arrêter les débarquements (des migrants tunisiens, ndlr), mais comment bloquer les départs » de leurs embarcations de fortune, depuis la Tunisie, a-t-il déclaré au journal italien Corriere della Sera.

Di Maio a appelé à « saisir sur place et mettre hors d’usage les petits bateaux et radeaux utilisés pour les traversées » car ils échappaient souvent au radar. Ce « scénario rappelle celui de l’Albanie du début des années 2000 ». À cette époque, le gouvernement de Tirana a coopéré avec Rome pour arrêter les flux migratoires à la source, a-t-il rappelé, rajoutant qu’à son avis, « avec Tunis, il faut tenter la même voie. » Il a également suggéré un rapatriement « plus rapide » des migrants « même par bateau et pas seulement par avion ».

Récemment, le chef de la police italienne, Franco Gabrielli, a prévenu que des terroristes peuvent utiliser, depuis le littoral tunisien, des « embarcations fantômes » qui échappent au contrôle-radar en mer, pour atteindre les côtes italiennes. Il a précisé qu’après l’éclatement de « Daech », des combattants terroristes étrangers « peuvent suivre les routes migratoires (…), mais de notre part il y a une grande attention ».

Selon les autorités tunisiennes, plus de 25 mille Tunisiens avaient joint l’Italie illégalement en 2011, juste après la chute du dictateur Ben Ali.

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