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Tunisie : Les décharges de déchets ménagers, un désastre écologique et sanitaire

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Les contestations sociales se multiplient pour réclamer la fermeture définitive de ces dépotoirs nuisibles à la santé et à l’environnement. Faute de moyens financiers et logistiques, l’enfouissement est pratiqué sans respect des normes.

En Tunisie, les décharges d’ordures ménagères à ciel ouvert débordent, avec des conséquences négatives sur l’environnement et la qualité de vie. Chaque année, les douze millions d’habitants de ce pays d’Afrique du Nord produisent environ trois millions de tonnes d’ordures ménagères et utilisent près d’un milliard de sacs en plastique non recyclables, selon le ministère en charge de l’Environnement.

Quelque 80 pour cent de ces déchets sont enfouis dans une quinzaine de « décharges contrôlées », tandis que le reste finit dans des dépotoirs anarchiques. Ces déchets sont caractérisés par une forte présence de matières organiques biodégradables, soit 68 pour cent, alors que les emballages représentent un taux de 24 pour cent, selon l’Agence nationale de gestion des déchets (ANGED).

Depuis la chute, en 2011, du régime du dictateur Ben Ali, les contestations des riverains des décharges se multiplient. Dans certaines provinces, des habitants en colère ont bloqué les accès menant aux décharges, et appelé au transfert de ces installations nuisibles à la santé, loin des quartiers résidentiels.

Absence d’alternatives

Récemment, les contestataires ont exigé la fermeture définitive de la plus grande décharge des ordures ménagères en Tunisie, à savoir la décharge de Borj Chakir, située à huit kilomètres de la capitale Tunis. Créé en 1999 sur une superficie de 124 hectares, ce dépotoir figure parmi les plus grandes décharges en Méditerranée. Chaque jour, il accueille une moyenne de 3500 tonnes d’ordures ménagères produits par les 38 municipalités relevant des quatre provinces du « Grand Tunis ».

À cause de la rareté d’espaces adéquats, des litiges fonciers, et du refus catégorique des citoyens d’installer de nouvelles décharges à proximité de leurs lieux de résidence, il est difficile de trouver de nouveaux terrains. Faute d’alternative valable, des municipalités ont été contraintes de jeter les ordures dans des dépôts anarchiques, qui se sont multipliés ces dernières années.

En Tunisie, le seul moyen utilisé jusqu’ici dans la gestion des ordures ménagères est l’enfouissement, qui consiste à stocker des déchets dans le sol, sans tri. Faute de moyens financiers et logistiques, l’enfouissement est pratiqué sans respect des normes sanitaires, avouent les autorités tunisiennes.

Maladies respiratoires et dermatologiques

Émission d’odeurs nauséabondes, débordements des « lixiviats » (liquide résiduel toxique), et multiplication des insectes, reptiles et chiens errants – ces dépotoirs représentent « un vrai désastre écologique et sanitaire », selon un ex-ministre de l’Environnement. Les maladies respiratoires et dermatologiques empoisonnent, en effet, la vie des riverains.

Par ailleurs, la plupart des décharges en Tunisie sont arrivés à leur capacité maximale d’absorption, impliquant parfois des « glissements » de déchets. Le dernier glissement en date s’est produit en juillet, dans la décharge de Borj Chakir, entrainant un débordement des lixiviats et leur déversement dans un quartier résidentiel proche.

Suite à cet incident, des ONG ont réclamé de fermer cette décharge, de rompre définitivement avec la méthode d’enfouissement, et de privilégier plutôt les autres alternatives écologiques comme la réduction des déchets à la source, le recyclage et le compostage. Ces réclamations restent pourtant difficiles à satisfaire dans l’immédiat, selon les autorités, notamment pour des raisons budgétaires, liées à la crise économique qui prévaut dans le pays depuis dix ans.

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