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Des puissances étrangères décident de l’avenir politique de la Libye (analyste)

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Par Ahlem Abdelli

Imposer des sanctions contre les pays qui violent l’embargo sur les armes en Libye « est pratiquement impossible »

Pour l’analyste politique et ex-ambassadeur tunisien en Allemagne, Abdallah Abidi, la Libye a perdu les attributs d’un État souverain capable de gérer ses propres affaires. Ce sont, plutôt, des forces étrangères qui se livrent à une guerre, par procuration, sur le sol libyen, qui décident de l’avenir de ce pays d’Afrique du Nord.

Abidi a répondu aux questions de la dpa.

Question : Le gouvernement de Faïez Sarraj et le Parlement de Tobrouk ont, soudain, annoncé, un cessez-le-feu. Puis, des concertations politiques inter-libyennes ont eu lieu au Maroc. Comment, d’après vous, expliquer ces évolutions?

Abdallah Abidi : La Libye a perdu les attributs d’un État souverain capable de gérer ses propres affaires. Dans ce pays, les vrais décideurs sont les puissances étrangères qui se livrent, depuis des années, à une guerre par procuration sur le sol libyen. Le gouvernement de Tripoli et le Parlement de Tobrouk travaillent, par procuration, au profit de ces puissances.

Le cessez-le-feu est l’occasion pour les deux parties du conflit de s’évaluer militairement et politiquement. Quant aux concertations politiques, je pense que leur tenue au Maroc, un allié de premier plan des États-Unis dans la région, reflète une influence américaine.

Question : Mais, l’annonce du cessez-le-feu est intervenue quelques jours après une visite effectuée à Tripoli et à Abou Dhabi, par le chef de la diplomatie allemande ?

Abidi : Personne ne peut sous-estimer le rôle allemand dans le dossier libyen, surtout depuis la tenue de la Conférence de Berlin sur la Libye, en janvier 2020. Mais, le rôle allemand dans ce dossier n’est pas le rôle déterminant.

Question : Les deux délégations qui participent aux récentes concertations inter-libyennes au Maroc, se sont mis d’accord sur la nécessité d’un « règlement politique global » du conflit. D’après vous, quelles sont les conditions pour parvenir à un tel règlement?

Abidi : Comme je l’ai mentionné au début, le gouvernement de Tripoli et le Parlement de Tobrouk travaillent par procuration au profit de puissances étrangères. De ce fait, les participants à ces concertations vont se référer à ces puissances pour déterminer leurs positions. Les choses évoluent rapidement, et une position valable, aujourd’hui, ne le serait pas demain. Tout change en fonction des intérêts des forces étrangères.

Question : Les Nations unies ont annoncé que l’embargo sur les armes en Libye continue d’être violé, et des pays européens ont menacé d’imposer des sanctions. Est-ce que de telles sanctions peuvent mettre fin aux violations de l’embargo.

Abidi : Imposer des sanctions est pratiquement impossible surtout contre de grands pays exportateurs d’armes (par exemple Russie, ndlr). La fourniture d’armes ne cessera qu’au cas d’un règlement du conflit, de manière à ce que toutes les puissances étrangères trouvent leurs comptes.

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