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Côte d’Ivoire : Le bhobla, une pratique ancestrale capable de faire régner la paix (historien)

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Pour éradiquer la violence sociopolitique dans l’Afrique contemporaine, un historien ivoirien préconise de renouer avec le bhobla, une pratique ancestrale de résolution pacifique des conflits.

Le « bhobla », une procédure judiciaire ancestrale pratiquée, jadis, en Côte d’Ivoire, peut servir de modèle pour résoudre de façon pacifique les conflits en Afrique, affirme le professeur ivoirien Sékré Gbodjé Alphonse, directeur du département d’Histoire de l’université Alassane Ouattara de Bouaké (Centre). Cette procédure était le thème de la dixième édition de « Djaka Festival », une manifestation annuelle dédiée aux arts et culture des « Didas », peuple du Centre-sud et du Sud-ouest de la Côte d’Ivoire, tenue en décembre 2020, à Divo (Sud).

Le « bhobla », qui signifie « paix » en langue dida, est à l’origine une petite plante aux larges feuilles frêles et délicates, qui symbolise chez ce peuple la cohésion sociale. Selon Gbodjé Alphonse, le tribunal de bhobla, une assemblée coutumière, était saisi pour régler les conflits majeurs entre les membres d’un même village ou entre deux ou plusieurs communautés villageoises ou tribus. Les membres de ce tribunal étaient généralement des personnes d’âges mûres, notamment des patriarches, des chefs de terre, des chefs de familles et des chefs de village, a-t-il expliqué lors d’un exposé donné au Djaka Festival.

Toute une démarche thérapeutique

Ces « juges » détenaient les lois qui régissaient la société et avaient un sens conciliant très élevé. Ils associaient politique, justice et diplomatie pour régler les problèmes cruciaux, a-t-il souligné, cité par l’Agence ivoirienne de presse (AIP). Ils instauraient un long processus de dialogue, à la recherche de l’équilibre social et d’un consensus permanent. Pour vider le contentieux, les parties belligérantes s’expliquaient tour à tour devant l’assemblée coutumière.

Au cours de ces assises, la partie mise en cause faisait l’effort de taire son égo pour faire son mea-culpa et reconnaître publiquement sa faute. C’était toute une démarche thérapeutique, qui non seulement apaisait et soulageait les victimes, mais donnait une chance au fautif de faire amende honorable et de se réinsérer plus facilement dans la société. C’est à la fin de ce processus de demande de pardon qu’intervenait véritablement le bhobla pour conclure durablement la paix, renouveler le pacte social et continuer le vivre ensemble.

Dialogue, respect, humulité

Pour ce renouvellement du pacte, les torts causés à la victime étaient réparés par le mis en cause, qui s’acquittait des amendes et se soumettait aux sacrifices expiatoires imposés par les lois ancestrales. De son côté, la victime acceptait le pardon, et à la fin du processus, les anciens invoquaient l’esprit des ancêtres et les dieux pour exorciser durablement le mal. La cohésion et l’harmonie sociales étaient ainsi sauvegardées, avec le corps social ressoudé.

Les outils que propose le bhobla sont encore d’une utilité actuelle, à savoir : le dialogue ouvert, le respect de la vie et du sacré, l’humilité pour demander pardon, la réparation juste des torts causés, des victimes rassurées et capables d’accepter le pardon et de revivre avec le mis en cause, a souligné le professeur Gbodjé Alphonse.

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