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Au Burkina, la renaissance d’un camp de réfugiés maliens

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« Je suis heureux: c’est comme si je revenais chez moi », lance Ousmane Wanaher, un réfugié malien de 34 ans, en regagnant le camp de Goudebou, dans le Nord-Est du Burkina Faso, un an après l’avoir fui sous la menace des attaques jihadistes.

En mars 2020, après une nouvelle attaque contre le poste de sécurité de ce camp situé près de Dori et qui abritait jusqu’à 9.000 réfugiés, ceux qui étaient restés après les précédentes attaques avaient dû fuir à leur tour, occasionnant la fermeture de fait de Goudebou.

Le camp de Mentao, dans la même région proche de la frontière malienne, s’était également vidé, son accès ayant été coupé durant plus d’un an, entravant les ravitaillements.

Depuis 2012, plusieurs milliers de personnes avaient trouvé refuge à Goudebou et Mentao, fuyant les exactions des groupes jihadistes dans le Nord et le centre du Mali.

Mais le Burkina Faso, jadis havre de paix, est devenu à son tour la cible d’attaques jihadistes depuis 2015, qui ont fait plus de 1.200 morts et contraint un million de personnes à fuir leurs foyers, notamment dans la périlleuse zone des trois frontières entre Burkina, Mali et Niger où opèrent des groupes liés à Al-Qaida ou à l’Etat islamique.

Après avoir fui le Mali puis les camps d’accueil au Burkina l’an dernier, les réfugiés maliens étaient restés coincés dans le Sahel burkinabé. Un millier d’entre eux ont alors fait le choix de rentrer au Mali, bien que le pays soit toujours en proie à l’instabilité, le reste fuyant vers les villes du Nord du Burkina dans des conditions de vie précaires.

Depuis décembre, les autorités burkinabé et le Haut commissariat pour les réfugiés de l’ONU (HCR), organisent des convois pour ramener les réfugiés, plusieurs centaines d’autres étant revenus par leurs propres moyens.

« Il y a à présent un changement. Il y a des abris, beaucoup d’infrastructures dont l’école et le dispensaire qui ont rouvert. Il y a surtout la sécurité, car c’est le point le plus important pour faire revivre ce camp », a affirmé le ministre burkinabè des Affaires étrangères Alpha Barry en visitant le camp le 11 mars.

« Actuellement, on se sent en sécurité parce qu’on voit les forces de sécurité qui patrouillent. On voit même des petits avions qui volent au dessus du camp », se réjouit Moussa Ag Maloka, un réfugié malien qui avait quitté le camp.

La sécurité a été renforcée à Goudebou et alentour avec davantage de personnel et plus de patrouilles qui assurent aussi la protection des communautés locales, selon les autorités burkinabè.

A terme, une caserne d’unités mixtes de militaires, gendarmes et policiers sera construite à Goudebou, affirme une source sécuritaire.

– Retour au Mali risqué –

« Quand nous avons quitté Goudebou, nous avons tous eu des difficultés pour trouver des abris et accéder aux services essentiels. Nous n’avions pas de ressources pour louer des maisons et c’était toujours risqué de rentrer au Mali », explique Ousmane Wanaher, assis sous l’une des 2.000 tentes du camp complètement réaménagé sur près de 200 hectares.

Entre décembre et mars, près de 8.000 personnes venant de villes du Nord du Burkina ont été accueillies à Goudebou, selon le représentant par intérim du HCR, Shelubale Paul Ali-Pauni.

« Notre souci et celui du gouvernement est de protéger les réfugiés, de les rassembler là où ils auront une meilleure sécurité », explique-t-il.

« Le défi pour nous c’est de regrouper l’ensemble des 20.000 réfugiés qui sont dans le Sahel burkinabé sur un seul site », a précisé le ministre Alpha Barry, soulignant que des démarches sont entreprises pour ramener à Goudebou tous les autres réfugiés vivant hors du camp.

« C’est une renaissance ici, car ce ne sont pas seulement les réfugiés qui avaient fui. Les autochtones aussi avaient fui. Aujourd’hui, les réfugiés reviennent et nous avec eux », explique Halidou Diallo, représentant de la communauté hôte, qui bénéficie des mêmes services que les réfugiés.

« Nous sommes logés dans des abris bien faits et spacieux, avec des points d’eau accessibles, un centre de santé et une école primaire », affirme Cheik Haidara, un quinquagénaire, chef d’une famille de huit personnes, qui a fui le Mali en 2012.

En attendant l’ouverture prochaine d’une crèche pour pour y envoyer ses deux derniers fils de trois ans, il n’a qu’un rêve: « voir ma fille réussir son examen de fin d’année », après avoir terminé première de la classe de CM2 de l’école de Goudebou qui accueille 1.166 élèves.

Afp

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